Nous étions une quinzaine à table. Une assemblée familiale commune.
Les cousins, avachis sur les chaises style Louis XV de la salle à manger lançaient des blagues vertes d'une finesse hasardeuse, en s'esclaffant lourdement à chaque galéjade lancée par l'un d'eux.
On fumait fourchette à la main. On éclatait d'un rire gras dans la coupe de Ruinart que la tante dévouée s'efforçait de maintenir toujours pleine. On se tenait à table comme dans le festin à la fin d'un Astérix. Sauf que le barde n'était pas baillonné.
Moment de glamour au milieu de cette famille fière de ses racine, lesquelles, à ce qu'on prétendait, plongeaient quelque part dans un revendiqué terreau de petite aristocratie locale, dont nul ne se souvenait cependant trop bien des origines. Des bamboches titrés.
Les échanges de la garde féminine tournaient autour de la recette du poulet à l'anis, des petites misères gastriques dont elles souffraient parfois et du détail des arrivages au monde de leurs enfants-roi, conversations auxquelles les convives avaient laissé une place de choix.
L'énorme Tata Lélé brillait.
Entre la salade russe et le rôti de porc qui baignait dans une copieuse mare de saindoux, la Lélé, au maquillage bioluminescent, engoncée dans l'étau de sa robe violette, lança une flèche destinée à l'une des jeunes femmes présentes. La seule dont la discrète attitude contrastait avec l'épaisse jovialité de l'assemblée : "Je vous avais bien dit qu'à cause d'elle, il reprendrait la clope."
Ça visait sa belle-fille. Le fils de la Lélé était un gars gentil. Devenu fumeur très jeune, ils'était arrêté quand l'échographie de sa femme avait confirmé le début de ses vrais problèmes.
Cette dernière avait, à la fin d'un courageux allaitement de huit mois, recommencé à fumer un peu, de temps en temps, quand elle avait la rare occasion de sortir.
Quant à son mari, il eut tout simplement la mélancolie des blandices de la volupté que procure la nocive petite tige à la nicotine et au benzopyrène, et céda à la tentation qui le pinçait depuis le premier jour de son sevrage.
La réflexion de Lélé. Léondine a du poids dans le clan. Elle et sa sulfureuse habitude d'envoyer dès qu'elle le peut un boomerang aussi méchant que sot au visage de quelqu'un, de préférence pas de la famille. Le statut des pièces rapportées s'avère parfois difficile.
Le silence se fait. "Bon dieu, ça va flinguer sec", entend-on murmurer en bout de table.
La belle-fille visée par l'envoi de belle-maman reste silencieuse un instant, puis répond lentement avec un air feignant à la perfection une humilité poignante et une exquise douceur :
- " Me voici démasquée ; oui, quand dort votre fils, je lui cale entre les lèvres des cigarettes chargées d'arsenic pour qu'il redevienne solidement dépendant de la fumée. J'accompagne mon rite nocturne de berceuses de son enfance en m'efforçant de reproduire la voix de sirène qui perle entre vos lèvres, aussi ne se réveille-t-il jamais. Il a ainsi beaucoup fumé dans une totale ignorance, sans être le moins du monde incommodé au réveil, car je prends soin de lui administrer un neutralisateur de goût à base de morphine, qui joue sur les papilles gustatives un rôle efficace de désensibilisation ponctuelle. Je dois aussi à la vérité de dire, Madame, que lorsque je le sens un brin alerte, je lui plaque sur le nez un chiffon imbibié d'éther, de sorte qu'il reste dans son sommeil."
La belle-mère s'étrangla. Elle s'étrangla d'humiliation face une insolence aussi méprisante que polie, qu'elle dut essuyer devant les siens par une pièce rapportée. Rapportée par son fils.
Les gens bien sont vraiment bien.
samedi 8 mars 2008
jeudi 6 mars 2008
Égalité des sexes
On découvre que c’est une duperie dès ses premiers frottements avec le monde du travail.
Moi, je l’ai appris autrement.
La tête de mon mari quand je lui ai annoncé ma promotion.
Ascension professionnelle, admission au conseil d'administration, augmentation, bureau luxueux, bref un saut rondelet.
De cela, je me me suis vue gratifiée d’une grimace perlée de grommellements à peine contenus, suivis de cette réflexion hostile et sotte : “À ce rythme je vais bientôt pouvoir arrêter de travailler”.
Pas besoin d’être philosophe, anthropologue ou voyant pour découvrir d’où pouvait venir cette taciturne manifestation d’admiration. Du cal'çon. Là où pieute plus ou moins sagement l’équipement masculin qui génère une alchimie hormonale propre au genre, laquelle conduit à un axiome rudimentaire qu’aucun étalon de bonne foi ne saurait contester : “moi plus que toi”.
D’une logique implacable.
Cet impétueux homme d’affaires à succès se voyait pour la première fois confiné à la place de second. La mienne d’avant. Celle que m’imposait mon antérieure situation professionnelle, dont mon mari manifestait au passage assez peu d'orgueil car selon lui, je pouvais et surtout je devais prétendre à mieux.
Oui, à mieux, mais avec l’interdiction tacite de franchir un seuil critique jalousement surveillé : celui qui marquait la différence entre lui et moi.
Celui dont on feint d’ignorer l’existence quand on se prête à cet illusoire babillage contemporain qui prétend célébrer le couronnement de l’égalité des sexes.
Moi, je l’ai appris autrement.
La tête de mon mari quand je lui ai annoncé ma promotion.
Ascension professionnelle, admission au conseil d'administration, augmentation, bureau luxueux, bref un saut rondelet.
De cela, je me me suis vue gratifiée d’une grimace perlée de grommellements à peine contenus, suivis de cette réflexion hostile et sotte : “À ce rythme je vais bientôt pouvoir arrêter de travailler”.
Pas besoin d’être philosophe, anthropologue ou voyant pour découvrir d’où pouvait venir cette taciturne manifestation d’admiration. Du cal'çon. Là où pieute plus ou moins sagement l’équipement masculin qui génère une alchimie hormonale propre au genre, laquelle conduit à un axiome rudimentaire qu’aucun étalon de bonne foi ne saurait contester : “moi plus que toi”.
D’une logique implacable.
Cet impétueux homme d’affaires à succès se voyait pour la première fois confiné à la place de second. La mienne d’avant. Celle que m’imposait mon antérieure situation professionnelle, dont mon mari manifestait au passage assez peu d'orgueil car selon lui, je pouvais et surtout je devais prétendre à mieux.
Oui, à mieux, mais avec l’interdiction tacite de franchir un seuil critique jalousement surveillé : celui qui marquait la différence entre lui et moi.
Celui dont on feint d’ignorer l’existence quand on se prête à cet illusoire babillage contemporain qui prétend célébrer le couronnement de l’égalité des sexes.
Le directeur orphelin
J’ai eu un problème au travail, qui m’a occasionné quelques soucis. Et comme j’en ignorais l’origine, je n'y pouvais apporter solution.
Mais en cherchant un peu, j’ai trouvé. Suite à un incident technique, un de nos directeurs avait connecté son principal chef de service sur ma ligne de téléphone.
Pas très contente, mais dans un esprit que je ne voulais surtout pas bagarreur, je vais le voir dans son bureau pour étudier avec lui une autre solution, ce “piratage” m’empêchant de travailler correctement, et pour cause : c'est en grande partie grâce au téléphone que je gagne mon pain quotidien.
Je frappe (geste devenu d’une ringarde obsolescence dans mon entourage professionnel). J’ouvre la porte. J’entre. Une autre personne s’y trouvait, avec laquelle mon ami le directeur terminait une bénigne mise au point technique.
Mon sens assez développé de la courtoisie m’impose un déférent silence, me niant à toute forme d’interruption, bien que la qualité de mon poste m’eût très décemment permis de solliciter une seconde d’attention immédiate.
J’attends donc, me disant qu’en pareille circonstance, plutôt que de faire attendre un visiteur, je l'inviterais poliment à prendre congé, en l'assurant d'un appel sitôt libérée (“libérée”, é - heu ; le narrateur est une femme : détail d'importance dans la suite des événements).
Je m’attends donc, par un réflexe de réciprocité encore naturel chez moi, à un traitement similaire. Mais rien ne vient. Ni le congé de l’autre, ni un semblant de considération à mon endroit.
Quelques agaçantes minutes s’égrennent, et je décide de me retirer avant de laisser se manifester ma colère ; en effet, celle-ci montait tout doucement vers la zone cérébrale qui se met à me picoter lorsque se manifeste dans l'antre de mes sens quelque humeur glissant dangereusement vers le fiel.
Mais avant de m'en aller, je dis à mon ami que nous devons parler d'un problème concernant ma ligne de téléphone et que…
- "Oh ça va, j'ai des problèmes plus importants à résoudre", coupe-t-il.
Des-problèmes-plus-importants-à-résoudre.
Je me jette dehors, cédant malgré moi à cette inélégante manière de prendre congé : en claquant la porte.
Curieusement, la courte distance qui sépare le bureau de mon camarade et le mien s’avéra suffisante pour me faire recouvrer un calme lagunaire. J’avais passé mon interlocuteur au scanner, et pu apprécier une logique absolue dans tous les petits événements qui venaient de se succéder.
En quelques instants, j’avais revu un film dont le tournage avait débuté une douzaine d’années auparavant.
Jean-Charles. Un gros garçon affable et mou. Pas brillant, mais pas non plus à inscrire au registre du rosier de Maupassant. Son honorable diplôme lui ouvrit les portes de l’entreprise sitôt sorti d’école. Il put ainsi continuer à jouir de son paisible cocooning à l’intérieur d'une bulle provinciale d’environ dix kilomètres de diamètre, domicile parental inclus.
Mariage (local) avec une fille (locale) pas vilaine mais un peu chipie, rencontrée au lycée (local). Au terme d’une courte formation professionnelle, elle avait trouvé un poste d’employée administrative dans une petite entreprise (locale) qui fabrique des bombons. Naissance d’une paire d’héritiers. Achat d’un gros 4x4 tout neuf et très cher. Un voyage à Paris pour aller chez Mickey.
Et puis un grand coup de chance : une place de directeur se libère, on l’offre à monsieur, monsieur dit oui, monsieur devient directeur. Di-rec-teur.
À ce stade il convient de souffler un peu dans notre récit, car là ça décoiffe sévère. Ça décoiffe tellement que la matière cérébrale de Jean-Claude se retrouve carrément exposée à l’air libre, délivrant son esprit d’une cloison qui s’était jusqu’à présent interposée entre la nimbe crucifère et lui.
Il endossa avec une vaillante energie son nouveau rôle, empruntant au début les airs suffisants d’un riche autodidacte texan, s’inventant des gestes nouveaux pour faire figure de grand homme. Quelle effusion d’accolades et de petites tapes consolatrices ! combien ont-ils porté son gros bras court et velu, qu’il posait affectueusement sur vos épaules comme le ferait un sage vieillard sur celles de son bien-aimé petit-fils.
Il était amusant. Avec ses airs faits d’un mélange de crooner, de Santa Claus et de Pantagruel, dans une volumétrie charnelle que l’on n’avait visiblement jamais eu l’intention d’alléger, et accoutré d’un apparat vestimentaire que même Karl Lagerfeld, à ses heures les plus maussades, n’eût jamais été capable de créer, il offrait sans le savoir un one-man-show permanent à qui ne s’interdisait ni silencieuse moquerie ni muette raillerie.
Ce fut une piquante drôlerie jusqu’au jour où se produisit un drame.
Un autre directeur le taquina en lui disant qu’il avait encore du chemin à parcourir, et qu’il ferait vraiment partie du Grand Cénacle des Décideur le jour où une secrétaire lui serait personnellement attribuée.
Cette blague bénigne le tua. La foudre de Jupiter le brisa en mille morceaux. La honte, l’humiliation, la dégradation, l’opprobre, la flétrissure, l’étranglement, l’apoplexie, le pauvre garçon passa par toutes les souffrances qu’un amour-propre mielleusement cajolé peut faire subir quand il se voit traîné dans la fange. Son bonheur chavira. Sa bonhomie fit place à une fade aigreur.
Oh, rien d’un acrimonieux sycophante, rien d’un Don Salluste sulfureux. L’envergure qui manquait au bougre quand il se lovait dans son minuscule bonheur meringué, il ne l’avait pas non plus dans la hargne. C’était plutôt Gentil transformé en Grincheux.
Terrible, ce complexe du directeur orphelin…
Une métamorphose se produisit donc. Comme une image evanescente, l’attitude gauchement paternaliste de notre bon lascar tout rose s'emprit doucement de reflets grisâtres. Cependant, chose curieuse, c’est la gent féminine qui en fit les frais.
Il adopta une manière méprisante de s’adresser à ses collaboratrices. Aux gamines du secrétariat général, il n’hésita plus à leur demander d’exécuter pour lui des tâches de “petites mains” qu’il eût aussi vite fait d’accomplir lui-même. Il fallut désormais lui traduire des écrits techniques qui ne variaient, d’une langue à l’autre, que d’un accent ou d’une consonne. Il se fit apporter petits biscuits et café lorsqu’il “recevait”. On dut lui faire des photocopies, ou même parfois simplement enlever des agraphes. Il demanda qu’on lui prît ses rendez-vous…
Il allégua, pour se justifier, une surcharge de travail qui ne lui permettait plus de “perdre du temps”.
- “Soyons efficaces”, l’entendait-on désormais clamer à tout vent avec une dignité cardinalice.
Alors moi, forcément, avec mon téléphone…
Mais en cherchant un peu, j’ai trouvé. Suite à un incident technique, un de nos directeurs avait connecté son principal chef de service sur ma ligne de téléphone.
Pas très contente, mais dans un esprit que je ne voulais surtout pas bagarreur, je vais le voir dans son bureau pour étudier avec lui une autre solution, ce “piratage” m’empêchant de travailler correctement, et pour cause : c'est en grande partie grâce au téléphone que je gagne mon pain quotidien.
Je frappe (geste devenu d’une ringarde obsolescence dans mon entourage professionnel). J’ouvre la porte. J’entre. Une autre personne s’y trouvait, avec laquelle mon ami le directeur terminait une bénigne mise au point technique.
Mon sens assez développé de la courtoisie m’impose un déférent silence, me niant à toute forme d’interruption, bien que la qualité de mon poste m’eût très décemment permis de solliciter une seconde d’attention immédiate.
J’attends donc, me disant qu’en pareille circonstance, plutôt que de faire attendre un visiteur, je l'inviterais poliment à prendre congé, en l'assurant d'un appel sitôt libérée (“libérée”, é - heu ; le narrateur est une femme : détail d'importance dans la suite des événements).
Je m’attends donc, par un réflexe de réciprocité encore naturel chez moi, à un traitement similaire. Mais rien ne vient. Ni le congé de l’autre, ni un semblant de considération à mon endroit.
Quelques agaçantes minutes s’égrennent, et je décide de me retirer avant de laisser se manifester ma colère ; en effet, celle-ci montait tout doucement vers la zone cérébrale qui se met à me picoter lorsque se manifeste dans l'antre de mes sens quelque humeur glissant dangereusement vers le fiel.
Mais avant de m'en aller, je dis à mon ami que nous devons parler d'un problème concernant ma ligne de téléphone et que…
- "Oh ça va, j'ai des problèmes plus importants à résoudre", coupe-t-il.
Des-problèmes-plus-importants-à-résoudre.
Je me jette dehors, cédant malgré moi à cette inélégante manière de prendre congé : en claquant la porte.
Curieusement, la courte distance qui sépare le bureau de mon camarade et le mien s’avéra suffisante pour me faire recouvrer un calme lagunaire. J’avais passé mon interlocuteur au scanner, et pu apprécier une logique absolue dans tous les petits événements qui venaient de se succéder.
En quelques instants, j’avais revu un film dont le tournage avait débuté une douzaine d’années auparavant.
Jean-Charles. Un gros garçon affable et mou. Pas brillant, mais pas non plus à inscrire au registre du rosier de Maupassant. Son honorable diplôme lui ouvrit les portes de l’entreprise sitôt sorti d’école. Il put ainsi continuer à jouir de son paisible cocooning à l’intérieur d'une bulle provinciale d’environ dix kilomètres de diamètre, domicile parental inclus.
Mariage (local) avec une fille (locale) pas vilaine mais un peu chipie, rencontrée au lycée (local). Au terme d’une courte formation professionnelle, elle avait trouvé un poste d’employée administrative dans une petite entreprise (locale) qui fabrique des bombons. Naissance d’une paire d’héritiers. Achat d’un gros 4x4 tout neuf et très cher. Un voyage à Paris pour aller chez Mickey.
Et puis un grand coup de chance : une place de directeur se libère, on l’offre à monsieur, monsieur dit oui, monsieur devient directeur. Di-rec-teur.
À ce stade il convient de souffler un peu dans notre récit, car là ça décoiffe sévère. Ça décoiffe tellement que la matière cérébrale de Jean-Claude se retrouve carrément exposée à l’air libre, délivrant son esprit d’une cloison qui s’était jusqu’à présent interposée entre la nimbe crucifère et lui.
Il endossa avec une vaillante energie son nouveau rôle, empruntant au début les airs suffisants d’un riche autodidacte texan, s’inventant des gestes nouveaux pour faire figure de grand homme. Quelle effusion d’accolades et de petites tapes consolatrices ! combien ont-ils porté son gros bras court et velu, qu’il posait affectueusement sur vos épaules comme le ferait un sage vieillard sur celles de son bien-aimé petit-fils.
Il était amusant. Avec ses airs faits d’un mélange de crooner, de Santa Claus et de Pantagruel, dans une volumétrie charnelle que l’on n’avait visiblement jamais eu l’intention d’alléger, et accoutré d’un apparat vestimentaire que même Karl Lagerfeld, à ses heures les plus maussades, n’eût jamais été capable de créer, il offrait sans le savoir un one-man-show permanent à qui ne s’interdisait ni silencieuse moquerie ni muette raillerie.
Ce fut une piquante drôlerie jusqu’au jour où se produisit un drame.
Un autre directeur le taquina en lui disant qu’il avait encore du chemin à parcourir, et qu’il ferait vraiment partie du Grand Cénacle des Décideur le jour où une secrétaire lui serait personnellement attribuée.
Cette blague bénigne le tua. La foudre de Jupiter le brisa en mille morceaux. La honte, l’humiliation, la dégradation, l’opprobre, la flétrissure, l’étranglement, l’apoplexie, le pauvre garçon passa par toutes les souffrances qu’un amour-propre mielleusement cajolé peut faire subir quand il se voit traîné dans la fange. Son bonheur chavira. Sa bonhomie fit place à une fade aigreur.
Oh, rien d’un acrimonieux sycophante, rien d’un Don Salluste sulfureux. L’envergure qui manquait au bougre quand il se lovait dans son minuscule bonheur meringué, il ne l’avait pas non plus dans la hargne. C’était plutôt Gentil transformé en Grincheux.
Terrible, ce complexe du directeur orphelin…
Une métamorphose se produisit donc. Comme une image evanescente, l’attitude gauchement paternaliste de notre bon lascar tout rose s'emprit doucement de reflets grisâtres. Cependant, chose curieuse, c’est la gent féminine qui en fit les frais.
Il adopta une manière méprisante de s’adresser à ses collaboratrices. Aux gamines du secrétariat général, il n’hésita plus à leur demander d’exécuter pour lui des tâches de “petites mains” qu’il eût aussi vite fait d’accomplir lui-même. Il fallut désormais lui traduire des écrits techniques qui ne variaient, d’une langue à l’autre, que d’un accent ou d’une consonne. Il se fit apporter petits biscuits et café lorsqu’il “recevait”. On dut lui faire des photocopies, ou même parfois simplement enlever des agraphes. Il demanda qu’on lui prît ses rendez-vous…
Il allégua, pour se justifier, une surcharge de travail qui ne lui permettait plus de “perdre du temps”.
- “Soyons efficaces”, l’entendait-on désormais clamer à tout vent avec une dignité cardinalice.
Alors moi, forcément, avec mon téléphone…
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